16 octobre 2018 : direction les canaries et nouvelle embarcation : Hermano
16 octobre 2018 : direction les canaries
Hermano pointe le bout de son nez sur l’Atlantique, c’est LE départ, les fichiers grips sont correctes, la houle laissée par Leslie s’est calmée, c’est la fenêtre parfaite, du moins c’est ce qui était prévu… La veille on s’est discrètement faufilés dans le port de nuit, avons remplis tous les réservoirs, les bidons, chargés les batteries et sommes repartis au levé du jour comme si de rien était. Les douches me manquent, je me souviens des fois où je traversais tout le mouillage à la rame, arrivait à la marina, rentrais par la fenêtre, prenais ma douche et repartait comme si de rien était, ce sentiment de propreté que je perderais petit à petit durant le voyage…
Pétole, nous sommes forcés de mettre le moteur afin de nous éloigner de la côte, on veut du vent, on le trouvera. En attendant, chacun vaque à ses occupations, il joue de la guitare, je lis, j’écris, on fait la sieste sur le dinghy qui est sur la plage avant, on mange des tartines à la confiture… A propos de la confiture “J’aime pas vraiment la confiture” dis je à Jakob “Moi non plus” me répond-il, pourquoi on a acheté tant de pots alors? Mystère.
Vers 16h30, alors que je sieste sur le dinghy, une bourrasque de vent nous réveil! Du vent? Hissons toutes les voiles! Voilà que nous filons à du 5.5 noeuds à un cap de 220°, direction les canaries! 20 heures, le soleil se couche. La première moitié du ciel est inondée de couleurs pastelles alors que le reste l’est d’un orange fluo.
Alors que Jacky fait à manger, un deux et puis 20 dauphins viennent jouer avec l’étrave d’Hermano, qu’est ce que c’est beau! Certain d’entre eux font même des sauts périlleux en tournant, comme s'ils voulaient nous voir.
18 octobre 2018 : oups
Ce ne sont ni les cinquantièmes hurlants, ni les quarantièmes rugissant. Cependant, alors que nous avions passés la journée à nous dire que le ciel était magnifique, que c’était les conditions parfaites pour naviguer, un fort coup de vent nous surpris durant la nuit. Nous estimons la force du vent à plus de 40 noeuds, le vent est d’ailleurs chaud, la mer est bouillante. Nous voulions continuer à naviguer en prenant la fuite (vagues à l’arrière), mais dans cette nuit sans lune, impossible de voir la direction de ces dernières, la mer est croisée, c’est le désordre, des déferlantes viennent sans cesse inonder le pont d’Hermano, nous prenons 3 ris dans la grand voile et mettons le foc tempête, seule solution, se mettre à la cap pour passer la nuit… Nous devons d’abord nous battre avec cette voile tempête qui ne veut pas se hisser, à chaque fois qu’on progresse, une vague inonde le pont, on ne distingue plus rien... Je vois Jakob qui part sur la plage à vent sans sécurité “eh l’imbécile!”, voilà qui le ramène à la raison… Jamais auparavant je n’avais entendu un vent si violent se déchainer sans limite à travers l’horizon.
Le bateau prend toutes les vagues de travers, ou presque, bien qu’étant à la cape, nous filons à du deux noeuds… Un chavirage serait il possible dans ses eaux-ci? Nous décidons d’affaler la voile tempête et de border la grand voile, ou plutôt ce qu’il en reste. Le bateau prend un angle tout à fait raisonnable dans ces montagnes tantôt appelées vagues, j’en parlais justement à Jakob, je n’ai jamais été à la montagne… Cette nuit là, un grand sentiment d’impuissance m’envahit alors. Oh non, je n’avais pas peur! J’étais excitée et émerveillée. Épuisés, nous décidons de dormir quelques temps, à mon réveil, Jakob dormait sur la descente en position foetale, ca alors, on a vraiment dormis durant tout ce temps? Au loin, un cargo inquiet par notre situation, tout va bien j’ai envie de leur dire, on vient de se réveiller de notre sieste… Avant de s’endormir, Jacky a même pensé à faire du pain, comme au mouillage, nous déjeunons tranquillement… Nous nous regardons alors complices, ce n’était clairement pas les 30 noeuds annoncés par la météo, nous supposons une dépression, oui c’est ça, c’était le front chaud. Il y aura donc le front froid…. Nous continuons notre route vers le sud, “ca se calme on dirait”!
Deux heures plus tard, nous voilà en train d’attaquer des vagues de plus de 10 mètres, Hermano disparaît dans leurs creux, c’est effrayant et impressionnant à la fois. Avec notre petit anémomètre portable nous estimons la force du vent à plus de 50 noeuds… Les déferlantes n’ont même pas le temps d’éclater que l’eau de la partie déferlante s’est déjà envolée, mais qu’est ce qu’il se passe? C’est pas une dépression ça, des vents de plus de 50 noeuds correspondent à la force d’une tempête tropicale! Paf! encore une déferlante qui éclate sur la pauvre coque d’Hermano… Je suis à la barre quand Hermano, sous toilé prend ce monstre de travers. Le pont se fait recouvrir par l’eau, d’abord la pointe avant qui plonge puis, de l’eau partout et enfin, comme un vaillant soldat, notre cher 31 pieds se relève à la surface et continue sa route, comme une locomotive enragée. Durant la soirée, plusieurs calment succédaient à des coups de vents, nous étions lassés par ces murs d’eau qui s’abattent contre nous, lassés d’entendre ce sifflement dans nos oreilles. Malheureusement, aucun signe de faiblesse de la part d’Eole…
Le jour d’après, c’est la pétole. Comme si toutes les réserves de vent avaient été déversées durant la tempête et qu’il ne resta plus rien en stock. Le soucis, c’est que la houle elle, est toujours là… On en profite pour prendre un bain dans l’immensité de l’océan, faire une sieste, et surtout nettoyer… Durant la tempête, on ne compta pas le nombre de fois où couscous, café, pâtes ou riz tomba dans les cales, équipets et tout endroit du bateau. Ou encore quand les déferlantes arrivaient à se frayer un chemin entre les panneaux de la descente et venaient inonder notre maison. Ajoutez à ça une pile de vêtements mouillés, salés et mals odorants, mon corps couvert de bleu… J’aime la mer et être en mer, mais je sent quand même une fatigue profonde qui sommeil en moi… Cette nuit Jakob devait me réveiller à 6 heures, quand je me suis levé vers 7 heures, il dormait à poing fermé, il ne s’est réveillé que deux heures plus tard, heureusement que nous sommes en dehors de toutes routes maritimes!
21 octobre 2018
Nouvelle journée au près serré, bords carrés. On va les atteindres les Canaries! Mais, autrefois, n’existait t’il pas des alizées du Portugal? En 12 heures nous parcourons 20 milles, à ce rythme là… Heureusement, la vie à bord est très tranquille, ce soir c’est pizza! Pour la première fois depuis le départ, nous apercevons un voilier à l’horizon, cette nuit, le vent se lève à 30 noeuds, nous allons commencer à avancer.
A moins de 100 milles de l’arrivée, nous faisons pour la première fois depuis le départ de vrais quarts (3 heures), la réaction de monsieur?! “J’ai trop dormis, c’est comme à la maison, c’est pas normal”. A mon réveil, il donne un concert guitare-chant à la mer, je cours jusqu'au cockpit mais il s’arrête sous prétexte qu’il n’aime pas chanter devant les gens… Qui a dit qu’il fallait 5 jours pour rallier les îles? Depuis hier soir, nous n’avons parcourus que 8 milles! Je crois qu’on n’avance même pas, ca doit être le courant qui nous pousse… Cette nuit a été très mouvementée, orages après orages, coups de vents après coups de vent. On arrivera à Arrecife 2 jours plus tard, avec le même fromage moisi que depuis notre départ, Jakob y tenait.
Commentaires
Enregistrer un commentaire