24 octobre : direction le Sénégal


J’apprendrais par un couple de Français que notre tempête essuyée au large du Maroc était en fait  l’ouragan Leslie. Après avoir touché le Portugal, il se dirigea sur la méditerranée, et pour une raison inconnue, refit surface sur l’Atlantique. Heureusement, son passage sur terre l’avait un peu calmé.

Nous levons l’ancre pour Fuerteventura, là où un nouveau bateau m’attend pour traverser en direction du Brésil. Quand nous sommes au large de l’île, au soleil couchant, on est d’accord pour dire que c’est pareil à Lanzarote et pas spécialement beau. Avec son sourire en coin, il prononça les mots suivants ; “Et si on partait pour Dakar”? “Maintenant?” mais tu as dis “On”, suis je engagée? 

C’est ainsi qu’une sortie journalière se transforma en navigation hauturière de quelques 800 milles nautiques. Nous checkons vite la météo et les réserves d’eau, “légumes?”, nous avons des conserves, allons en Afrique!
Ce matin, je me réveil au son de la guitare, Jakob joue encore et encore, il chante, devant moi! Des paroles dans lesquelles je suis présente, j’ai vraiment beaucoup de chance! “Estelle la poubelleee, Estelle fait la vaisselle”, merci, c’est prodigieux! Nous filons à 4 noeuds avec un semblant d’Alizées plutôt stables. 

L’idée est de tangonner un deuxième génois pour remplacer le foc qui accompagne le 1er. Cependant, la drisse est coincée derrière le tangon, le génois et l’étais… Une brillante idée surgit alors de l’esprit de Jakob, il va se pendre au tangon dans le but de lancer la drisse du bon côté du génois. “Si je glisse, j’ai toujours ces cordes là pour me retenir”, il se sécurise quand même au tangon. “Tu es fou!”, à ces mots, il s’élance, glisse et s’agrippe à un bout. Celui qui ouvre la mâchoire relié au mât… Voici Jakob Campfort, 27 ans, pendu au dessus de l’océan, enfin pendu, à 20 cm de l’eau, j’éclate de rire et cette histoire se termine par un fou-rire général.


31 octobre 2018
24 heures que nous n’avons plus aucune trace du vent, une mer d’huile. Rectifions, un océan d’huile! Cette nuit était magique! Le ciel ne se distinguait plus de la mer, la mer ne se distinguait plus du ciel. Nous naviguons dans l’atmosphère, dans un vide rempli d’étoiles, celles ci se reflètent sur l’Atlantique, rien n’existe si ce n’est Hermano. Aucun horizon pour nous permettre de nous situer, le calme infini de l’océan, hermano qui flotte tranquillement, vers le Nord. A dieu notre progression, bonjour beaux mammifères qui évoluent tranquillement dans ce paradis.
Au petit matin, Jakob m’apprend à utiliser le sextant, “alors c’est 12h48 UTC, nous on est UTC+1 donc, une heure en moins, donc 11h48”. Bravo Jacky, “mais Jakob, UTC+1 ca veut dire qu’on rajoute une heure, ton calcul à toi voudrait dire qu’il est 10h48 à Greenwich”. OUPS! 
6ème jour en mer, on ne sait pas trop quand tombe Halloween mais pour fêter cette superbe fête inutile, je cuisine un super gâteau. 
Je suis en train de me perfectionner à la guitare quand Jakob crie “quelque chose brûle?”, je lui répond que non et continue à mes occupations.
Quand je rentre, le gâteau est tout noire, mais je dis à Jakob que c’est pour rentrer dans le thème…

1 novembre 2018
6ème jour en mer, au large de la Mauritanie. La crasse a envahit Hermano, le liquide vaisselle est vide depuis 4 jours et tout est gras. Au début, les essuis servaient d’essors graisse mais maintenant, ils ressemblent plus à des friteuses…  
Depuis quelques jours, nous profitons d’un vent constant à 30 noeuds, au largue, qui nous permet d’avancer à 5 noeuds sous foc et 3 ris dans la grand voile. Mais ça roule. Encore et encore, le bateau roule et nous n’osons plus sortir de peur qu’une vague s’engouffre durant ce petit lapse de temps.
Envisager une lessive? Non, ça ne séchera jamais. L’intérieur du bateau suinte, il est tout humide et les premières taches de moisissure apparaissent sur mon oreiller. Nous avons arrêtés de nous laver, c’est devenu beaucoup trop compliqué…
Cette nuit, Jakob s’est endormi durant ses quarts de poisson (30 minutes off, 2 on), qu’est ce qu’ils sont beaux ces solitaires! J’ai pris mon quart pour 3 heures et suis retournée dormir vers 3 heures du matin, en le laissant veiller. A 5 heure trente, je me suis réveillé et ai vérifiée son minuteur : 22 minutes. Celà voulait dire qu’il venait de vérifier et cependant, au fond de moi je n’en étais pas certaine. J’hésite pendant 5 minutes et me décide à jeter un petit regard dehors. Un phare orange tourne à proximité d’Hermano, et merde! 

Je réveil Jakob a toute allure. Heureusement, ce ne sont que des scientifiques qui sondent les fonds…

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