Buona Onda, mon fameux trois-mâts
22 juillet 2019
Lorsqu’à 4 heures, j’ai commencé mon quart, le vent nous poussait à une vitesse de 7.5 noeuds de moyenne. Puis, il y’a eu un orage, beaucoup de brume, de pluie et nous étions tous les deux (avec Arthur) recroquevillé sous le toit de la timonerie. Après ce gros nuage, plus de vent. Nous nous traînons à l’allure de pas…
Ma lecture des nuages s’améliore tellement! Prédire les changements de directions et d'intensité du vent devient un jeu d’enfant. Les journées passent beaucoup trop vite, il faut dire que je dors aussi beaucoup… J’apprends à Arthur à parler néerlandais, fais des câlins à Spencer et taquine Simon. J’avais presque oublié, tous les soirs au couché du soleil, je me déhanche avec Bianca sur un petit air de reggae.
Je veux avoir cette vie de liberté, de rencontres et d’amitiés. Bianca n’avait jamais quitté son île avant ce voyage. A 21 ans, elle a un CV aussi long qu’une liste de course et se plait dans ce qu’elle fait. Arthur, mon cher partenaire de watch au joli déhanché n’a jamais vraiment trouvé sa place nulle part. Spencer a travaillé dans un bar à Miami situé en face d’un bordel et se retrouve maintenant sur les routes, guitare à la main. Roman a 19 ans et veut devenir tatoueuse. Ronny a quitté son emploi dans le marketing, puis présentateur de TV pour encadrer des jeunes avec des troubles de comportement sur un 3 mâts, 3 mâts qui lui appartient aujourd’hui. Simon lui, veut reprendre la ferme de son oncle en Bretagne et l’innover à sa façon, une belle brochette de pirates tout ça.
Moi dans tout ça, je suis toujours aussi paumée. J’avais des doutes sur ce voyage mais, qu’est ce que je me plais ici, j’aimerais rester pour toujours… Les cheveux dans le vent, je me perds dans l’horizon.
24 juillet 2019
Alors que je suis dans le métro de Bruxelles, qui se trouve maintenant sur une île des caraïbes, mes yeux s’ouvrent, je tombe nez à nez avec Bianca et pousse un hurlement, il est minuit trente. Bianca venait de terminer son watch et m’escaladait pour arriver à son lit, j’ai réveillé tout le bateau.
J’aimerais y rester encore, encore sur ce grand bateau. Le temps file à toute allure, bientôt un an que je suis partie, j’ai vécu tellement de choses. Mes premiers pas dans ce grand monde me semblent bien loin maintenant. Je me souviens avoir perdu mon backpack entre Porto et Lisbonne, avoir pleuré toutes les larmes de mon corps car je n’avais aucun moyen de quitter l’île de Boa Vista et avoir vécue 1001 aventures. Que suis je devenue en un an, si ce n’est ermite de la société? Du Portugal au Portugal, voilà que je vais boucler mon tour de l’Atlantique. Les regrets, il n’y en a aucun mais des projets, beaucoup trop.
Si le vent monte, la mer gronde. Si le ciel tombe, il ne reste plus rien. Le café bouillant se laisse refroidir par l’air froid, parfois, tous les matins, la quantité de lait versée dans mon café est elle que je ne bois que du lait aromatisée au café. La brume envahit le pont et déjà, tout s’humidifie. Le café soluble retombe lourdement dans le fond, la petite cuillère se perd dans l’entre brume. La lumière s’intensifie et nos cornflakes ne sont qu’à la moitié de leur valse glaçante. La barre me tourne dans la main, une vague plus grosse que les autres fait exploser le verre de la petite tasse qui se brise. La routine se réveille et je marche sur un pont trop mouillé. Il glisse, il s'inonde, il glisse. Assise entre mes deux bittes d'amarrage, l’horizon me glisse entre les paupières. Le soleil monte, aucun poisson, aucun oiseau, rien.
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