Janvier 2019 : transatlantique
5 janvier 2019 : transatlantique
Nous quittons Mindelo au couché du soleil, direction l'Atlantique. Alors que les sommets du chenal entre les deux îles à l'ouest de l'archipel disparaissent lentement dans des couleurs rosées, les patates grésillent dans l'huile bouillante. Déjà il fait noir et déjà les dauphins jouent avec l'étrave. A l'approche de Santo Antao, le vent tombe et nous abaissons les voile pour dormir. Un nouveau monde se révèle, tout doucement.
3 kilos de bananes, 20 oignons, 20 carottes, 10 poivrons, 4 poireaux, 30 pommes de terre, 4 concombres qu'on croyait être des courgettes, 20 oranges et un paquet de petits écoliers déjà à moitié englouti. Jamais pour aucune autre traversée nous saurons aussi bien fournis en nourriture. Les alizées sont déjà bien établies à cette période ci de l'année et jamais plus nous n'aurons de calme. Ca devient bien vite monotone et nous nous prenons à rêver des mers plus au sud.
7 janvier 2019
5 heures de quart extraordinaires. C'est à ce moment de ma vie que j'ai pris la décision d'arrêter de faire ce qu'on me dit depuis que je suis petite, à savoir faire un voeu à chaque étoile filante car après une dizaine, je n'avais plus d'inspiration. J'ai décidé de remercier le ciel pour ce spectacle et me suis contentée d'observer. Seule au milieu de ce désert bleu, la nuit était noire. Soudain, une étoile plus lumineuse encore que la lune, une planète, est montée dans le ciel. C'est à ce moment là que j'ai réalisé à quel point j'étais petite face à cet infini et à l'immensité du monde. A quel point j'étais chanceuse de me trouver ici et à quel point les terriens devaient être bien ignorants en restant blottis chez eux. Navrée je suis, pour ceux qui ne verront jamais pareil chose. L'infini me fait frissonner, il me trouble. Soudain, c'est tout un monde qui s'écroule, plus de richesse ni de pauvreté, plus de hiérarchie, de civilisation ni même de pensée. Uniquement un corps fragile voguant au milieu du néant, seul à la mercie des océans. Je ressens une injustice, est ce que je mérite tout ce que je reçois? Peu importe tout l'or du monde, c'est ici que je veux passer le restant de mes jours, sur l'océan. Peu importe les escales, la mer et ses étoiles ne cesseront de m'émerveiller.
Jakob à tiré une ligne de pêche quand il me dit "tu verras qu'on ne pêchera jamais rien de la traversée...". A peine ces mots sont ils sortis de sa bouche que je fouille le sillage et "What"! non! Des débattements énormes au niveau du calamare, youhou! La dorade est énorme, elle doit mesurer plus d'un mètre, pendant que Jakob peine à la soulever, je m'imagine manger du poisson durant une semaine. Quand "pouf" disparue. La pauvre, elle a un piercing maintenant, il faut dire que comparé à nos prochaines pêches, c'était une mutante.
11 janvier 2019
Entre temps, nous avons pêché une autre dorade, elle aussi mesurait un mètre de long mais était moins obèse que l'autre. Après 24 heures passées à une vitesse de 6 noeuds avec des surfs à 7, nous cassons le hale-bas de grand voile... Nous décidons alors d'envoyer deux génois en ciseaux quand une déferlante nous inonde, nous serons encore plus frustrés de voir que notre vitesse est descendue à 3-4 noeuds.
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