Novembre 2018 : navigation et péripéties dans le Saloum
mercredi 21 novembre 2018 : échoués dans le Saloum
“Estelle!!!” je somnole encore. J’ai néanmoins réussi à sentir le bateau talonner, une habitude en fait, je me rendors. “Estelle!” voilà que Jakob m’appelle d’un cri désemparé, j’entends de gros coups de moteur et des insultes à n’en plus finir. Mince, c’est arrivé, nous sommes échoués. Comment est-ce possible, nous venons de quitter le mouillage? Sans plus attendre, je sors du bateau et observe la scène. Apparement, je n’ai pas choisis mon jour pour faire la grâce matinée… Jakob m’explique, nous sommes bloqués, échoués et c’est marée basse.
Nous sondons les environs, 1m50 à gauche et 1m50 à droite, nous avons 1m50 de tirant d’eau, ça peut fonctionner.... Ca doit fonctionner. Nous montons sur la baume pour provoquer une gîte, faisons fumer le moteur mais rien, rien. On met alors une première ancre au milieu de la rivière, un au moteur et un au winch, rien ne bouge.
Une deuxième ancre est alors installée, sur la berge et reliée en haut du mât, je winch de toutes mes forces mais rien, Hermano ne bouge pas.
Troisième ancre : reliée de l’arrière du bateau au centre de la rivière au winch, l’installation fût difficile étant donné que dans l’action Jakob perdit une pagaie, rien ne se passe. Dernière tentative, on remballe tout de la terre, et on part de cette rivière. Je winch à l’avant et Jakob à l’arrière, un gros coup de moteur et hop, le tour est joué! En attendant, nous avons deux ancres à récupérer… Jakob voulait naviguer, donc il a tout simplement louvoyé dans une rivière extrêmement étroite sans même en avoir les cartes…
Il est midi et nous jetons l’ancre à côté d’un semblant de mosquée en construction. Au milieu du désert de sel, deux immenses tours se dressent avec une grand porte et une phrase écrite en arabe “Dieu est grand”. A l’entrée de ce “domaine”, un homme. Il est super sympa et nous guide vers la mosquée. Il nous explique que nous sommes dans une école pour apprendre le coran (très propagé au Sénégal) et nous montre ses cultures d’arachides. Nous croisons alors le camp des talibés (les enfants qui apprennent le coran) et le maître coranique et son élève qui tient une ardoise en main, tous deux reviennent de la mosquée. Le maître coranique nous demande si nous sommes musulmans et comme nous ne le sommes pas, nous interdit d’aller plus loin… Nous rejoignons les dizaines d’enfants qui nous installent sur des nattes, et nous nous remplissons le ventre avec des cacahuètes. Ils amènent ensuite un grand fauteuil en bois, celui du maître coranique qu’ils nettoient. Une fois installé, les enfants le déchaussent et lui frottent les pieds, c’est très impressionnant de voir à quel point les petits avaient l’air soumis au maître, ça nous a beaucoup interpellé.
Alors que nous étions couchés, nous entendons comme un son de crachat, un son d’homme. Jakob va voir et me conseille de m’habiller, c’est un pêcheur. Finalement très peu bavard, il nous donne un sceau rempli de crevettes fraîches et s’en va, aussi silencieusement qu’il était venu…
22 novembre 2018
Vers 15 heures, nous décidons d’aller boire le thé sur une plage, nous jetons l’ancre, faisons un feu et dégustons le tout. Nous nous y sentons si bien que nous décidons de cuisiner ici, sur la plage les crevettes que nous accompagnerons de riz et de lait de coco, un festin! Durant tout ce déménagement, un pêcheur intrigué se rapproche, ce pêcheur c’est Moussa. Nous ne le connaissons pas encore, mais l’invitons à venir manger avec nous.
Moussa a 6 enfants et vit dans un village qui se situe par là, derrière la forêt. La nuit, il pêche et la journée, il travail au village. Il nous explique qu’à l’époque des ses grands parents, les plaines de sel étaient remplies de savane, arbres et plantes en tout genre. Mais la montée des eaux, le sel ont tout détruit. Nous passons la soirée à parler avec lui, à manger ses restes car Moussa n’a pas eu l’air d’aimer ce plat si spécial et il nous dit que, les voiliers ne viennent jamais ici et que les blancs ne viennent jamais dans son village. Nous nous disons au revoir et à demain en même temps…
23 novembre 2018
Ce matin, Moussa est venu nous apporter du poisson du frais de sa pêche, nous sommes enchantés! C’est la première fois depuis notre départ que nous mangeons de la “viande” enfin, dans ce cas-ci du poisson. Je laisse le plaisir de leur trancher la tête à Jakob.
Au soir, j’enlève mon chignon et essaie de me coiffer… Je ne sais pas si c’était avant ou après, mais me voilà avec une coupe afro… Vive le sel! Il faut dire que notre dernière douche à l’eau douce remonte à… Portimao, il y’a un mois et demi!
24 novembre 2018 : il était une fois, le village de Moussa
Ce matin, un autre pêcheur s’appelant aussi Moussa nous a apporté du poisson. Vers midi nous décidons de partir à la recherche du village de Moussa (notre ami) , nous ramons jusqu’à la berge, traversons une île à pieds, en portant l’annexe, re traversons un bras de rivière et amarons enfin l’annexe sur la terre ferme. Nous nous enfonçons alors dans la forêt “vers le gros arbre” nous a dit Moussa. Nous marchons durant 30 minutes sans rien apercevoir, nous hésitons à faire demi-tour quand nous arrivons dans un champ où un homme cultive des arachides. Bien évidemment, il nous en offre et nous indique la direction du village. Une fois au village, nous demandons après “Moussa le pêcheur”, en espérant de tout coeur avoir trouvé le bon village… Apparement, il y’a plusieurs Moussa ici, mince! Un homme vient alors, Omar et nous demande si Moussa possédait une pirogue avec ou sans moteur, je lui réponds sans, et il me guide vers la maison de la famille de notre pêcheur. On lui raconte que nous avions mangé avec lui sur la plage et que nous venons lui rendre visite avant de partir, sa famille nous confirme que c’est bien lui, mais il n’est malheureusement pas présent. Les ainés et sa femme nous font asseoir, les enfants touchent nos cheveux, semblent intrigués par notre couleur de peau quand soudain, un petit nous voit, s’arrête et repart en hurlant.
Nous traversons finalement le village avec Omar qui nous invite à venir manger dans sa famille. Nous nous installons sur une natte, il n’y a que des hommes et moi, les femmes mangent dans une autre pièce, nous partageons un plat de riz, une gorge de coque et une demi carotte à 5, c’est délicieux. Nous sommes les seules blancs depuis des années dans le village, aucun voilier ne vient ici nous expliquent-ils, aucun bateau. Nous restons pour le thé où la cousine d’Omar nous montre fièrement les photos de son mariage et me demande d’emmener son nouveau né avec moi… Omar lui, est étudiant en droit à Dakar et nous confie qu’il voudra plus tard profiter de son statut en tant que musulman pour avoir 4 femmes. Nous quittons le village avec un poids sur le coeur, et levons l’ancre vers d’autres aventures.
26 novembre 2018 : Foundiougne
De retour à Foundiougne nous retrouvons Bamba, notre ami artiste à qui nous racontons notre périple. Il nous traite alors de fous, que le village où nous étions enlève des gens d’ici, les jeunes de la ville ont même l’interdiction d’y aller. C’est vrai que le village était étrange, à l’entrée il y avait un tas de bâtiments brûlés, Bamba nous raconte alors qu’un riche de Dakar avait construit un business dans le secteur de la pêche et que les villageois étaient arrivés de nuit pour tout brûler…
Bamba m’offre un tas de chutes de tissus africains et nous invite pour une grillade de poisson ce soir, l’ambiance était spécial. Nous sommes arrivés et il avait oublié d’apporter les bières, il a donc demandé à Jakob de griller les poissons et à moi de l’accompagner, première alerte dans mon instinct de survie mais je me suis dis, “on va dans un bar, tout ira bien, il y’a du monde autour”. On avance, et il m’indique la direction d’une ruelle sombre, dans une zone industrielle, mon instinct me dit qu’il n’y a aucun bar là bas, et je lui dis que “Jakob n’a pas de lampe de poche, je vais lui donner et revient”. Il me dit que si, il lui a donné la sienne et j’affirme que la mienne est mieux et m’en vais. J’arrive chez Jakob paniqué et lui explique la situation, on se dit alors qu’on lui dira que, je suis finalement restée car il ne savait pas cuisiner… C’était la première situation louche. La deuxième, c’est quand il est revenu avec deux bières, deux et nous étions trois. Une bière encore fermée, pour lui, et une ouverte, pour moi, Jakob n’avait rien. J’ai posé la bière derrière moi et me suis interdit de la toucher… L’ambiance était plombée, mais le poisson bon. Jusqu’au moment où Jakob trouve ma bière et s’écrie “oh mais il y avait 3 bières”... Comment lui expliquer? Nous rentrons au bateau, avec la certitude que Bamba est louche, et que d’ici un an il y’a un bar appelé “chez Estelle” à Foundiougne.
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