Panama city (ses kidnappings), jungle et singes hurleurs et acsension du volcan Baru

09 avril 2019 : Panama City
Après une traversée du canal en compagnie de Pete, Karin, Bjorn et Laura, quatre sud africains, je me retrouve dans la capitale.
Au fil des deux jours de traversée une forte complicité s’est installée entre nous, c’était fantastique, vraiment. Lors de mon départs, Karin a versée quelques larmes et je me suis retenue de faire de même. Après un mois d’allers retours sur son catamaran, c’était devenu ma mère de substitution, c’était ma famille. Je me promets d’aller un jour les revoirs au Cap.
Ce matin, je suis arrivée à mon auberge, j’y dépose mon sac et pars me promener. A quelques rues de là, je me fais suivre par une grosse voiture aux vitres teintées. Je ne vois aucun échapatoir, ni commerces, ni taxis, personne, il n’y a personne dans la rue, j’ai envie de courir, de pleurer, de crier, je m’arrête, elle s’arrête, je marche avec empressement, des histoires de kidnapping, de meurtres me viennent en tête, je suis paniquée, elle roule à l’allure de pas, elle me suit, je suis terrifiée. Soudain, une femme. Je lui parle, lui demande ou trouver un métro, un bus, je veux juste ne pas être seule, mon espagnol est basic et elle ne parle pas anglais, elle se lasse et s’en va. La voiture est toujours là. Soudain un taxi, ça doit être dieu qui me l’envois, je rentre, m’assieds à côté du chauffeur et lui demande Casco Viejo, le centre historique de la ville.
J’ai eu tellement peur que la boule de stress est encore au fond de mon ventre, je ne sais pas quoi en penser, me suivait t il vraiment, les vitres étaient teintés, même à l’avant, je ne voyais rien. Je pense que mon instinct est plutôt bien développé et que, j’avais raison de me poser des questions et de dépenser 4 euros pour le taxi.
A Casco Viejo, je me demande pourquoi je suis là. En fait, les villes, ce n’est absolument pas mon truc. Je veux voir du pays, des montagnes, des lacs des rivières, pas la ville les kidnapping, le crime et la mafia. Je me pose sur un banc à côté d’un homme qui joue du ukulélé, on sympathise et je reste là quelques temps, transportée par sa mélodie et les sourires que la femme Kuna d’en face me renvois.
En fin de compte, la ville ne me plait pas mais j’aime les kunas qui me sourient, le musicien qui essaye de m’apprendre l’espagnol et tous les gens qui me saluent. Les écolières qui s’exercent en Anglais grâce à moi et le touriste allemand qui est convaincu que je comprends tout ce que je dis.
Il y’a aussi les touristes, race à part qui traverse la ville les yeux rivés sur leur écran, s’arrêtent pour prendre un cliché et repartent aussi tôt.
J’ai quitté Panama City car malgré tout les points positifs, je ne suis pas arrivée à l’aimer. Alors qu’à Dakar par exemple, ville de coeur, ville que j’adore, où je me perdrais avec plaisir, le chaos est partout, ici ce n’est pas pareil, les gens ne sont pas pareil, je te quitte Panama.
Je prends le métro pour la gare routière et attrape un bus qui est sur le point de partir, il est même complet en fait. Mais les chauffeurs sont sympas et ils m’embarquent à l’avant, avec eux. Nous discutons un peu mais surtout, nous engloutissons un paquet entier de bonbons.
De Sabanitas, à Colon, je reprends un autre bus pour Portobelo où, Jakob est sûrement allé. Surpeuplé, trop bruyant et musique à fond, mon bus décoré de plumes, de graffitis et de paillettes avance à toute allure à travers des paysages incroyables.
J’arrive à Portobelo et surprise, Jakob n’est pas là. Je me pose à la Casa de la Vela, prends une bière et observe les bateaux qui sont au mouillage, je dois trouver un endroit pour la nuit. Je demande aux deux hommes à côtés de moi pour dormir dans leur cockpit, mais apparement, celui-ci est trop petit.
Je continue à siroter ma Balboa, bière locale, lorsque j'aperçois un voilier avec un génois rouge et un foc jaune, tiens, je les connais. Enfin, je connais le bateau, il était à Colon et j’avais croisé les propriétaires il y’a quelques semaines. Parfait, il me faut juste une annexe pour m’y rendre. Dans ce genre de moment, je n’ai pas du tout l’impression de m’imposer, les gens sont tellement ouverts, tu prends l’apéro à droite, à gauche, tu les connais ou pas mais ils t’invitent à prendre un toast. C’est donc sans aucun scrupule que je fais de l’annexe stop, où je rencontre Rémy, et j’arrive sur le bateau de Michel. Avec sa femme, ils naviguent depuis 40 ans autour du monde, leur bateau “tout est là”, un 43 pieds entièrement restauré est à tomber par terre. 
Michel a construit son premier bateau dans le fond de son jardin, lorsqu’il avait 20 ans et puis, ils se sont rencontrés aux Canaries alors qu’elle était bateau-stoppeuse comme quoi, l’histoire n’est pas si rare… Après ça, ils ont eu un catamaran qui s’est retourné lors de l’ouragan Louise, ce sont des gens en or, ces gens qui vous offrent une cabine alors que vous aviez demandé une petite place sur le pont, ces gens qui vous font un petit déjeuner alors qu’eux ne mangent rien au matin.
Le lendemain matin, j’ai rencontré des artiste, et me suis invitée à peindre, enfin invitée, ils étaient contents que je sois là. C’était absolument génial, nous avons créé des fresques pour le festival congolais du village. J’ai passé toute la journée avec eux et me suis rendue compte que travailler ici n'occupe pas beaucoup de temps. Vers 11 heures, nous avions terminés et nous sommes attablés. Enfin, attablés sans table. A partir de là, nous avons bu des bières jusqu’à 16 heures et mon espagnol est devenu de plus en plus fluide. J’étais comme une reine au milieu de ces 8 hommes, 8 hommes devenus 8 amis. Ils parlaient espagnol dans tous les sens, avec tout le monde, parfois, je comprenais un mot et puis, je me suis avouée vaincue. Cependant, le partage était là. Chacun d’entre eux venaient à côté d emoi et me parlaient lentement, très lentement en me posant pleins de questions, ils étaient adorables. 
Je me suis fais offerte du riz aux bananes plantains et au poisson, et j’ai promis de venir travailler avec eux le lendemain.

11 avril 2019 : Monkeys and Jungle
Je suis en train de nager dans cette eau polluée et certainement remplie de créatures immondes lorsque Jakob débarque sur Tout est là. 
Nous partons randonner dans la jungle, il y’a des lianes partout, les araignées ont tissées leur toiles un peu partout et elles sont tellements grosses. Jamais auparavant je n’en avais vu de si imposantes. Nous randonnons tranquillement, couteau en poche et bâton à la main lorsque l’idée que animal sauvage se trouve dans les parages me traverse l’esprit soit, je continue. 
Des fourmies mutantes, des termites énormes nous barrent la route. Les arbres sont magnifiques, la chaleur est dense, il fait tellement humide. Au coeur de la jungle, nous marchons avec rythme en espérant sortir d’ici avant la nuit tombée… Au sommet d’une colline, un petit carré sans végétation nous laisse apercevoir l’immensité du paysage. De la jungle, encore, à perte de vue et puis là bas, une immensité bleue, la mer des Caraïbes, l’océan. C’est fabuleux, je pourrais rester ici durant des heures, j’aimerais y planter ma tente et oublier les jaguars, les singes et les serpents. Mais je dois marcher, nous devons sortir de là. 
Mais le meilleur moment de cette balade est venu bien plus loin, bien après la traversée du territoire des araignées, où tous les deux mètres nous devions abattre les toiles à l’aide du morceau de bois. Un singe traverse juste devant nous.  Jakob qui était devant moi s’émerveille, je n’ai rien vu. Je suis frustrée et ne veux en aucun cas quitter la jungle sans en voir, un craquement, je lève la tête. Des singes nous observent, du haut de leurs arbres. C’est absolument merveilleux. Ils sont là, si proches. Il y’en a un qui mange, un qui se gratte le derrière et puis des autres, qui se rapprochent.
Je n’arrive pas à arrêter de pousser des “oohhh” et des “aaahh”, c’est plus fort que moi, je suis conquise.
C’est extraordinaire, et même si ici, pour les Panaméens un singe est pour eux ce qu’est pour nous une vache, je suis charmée. Malheureusement je dois partir, il fait bientôt nuit. Quelques arbres plus loins et ce sont d’autres singes qui nous observent, plus petit cette fois ci que les singes hurleurs, c’est extraordinaire.

12 avril 2019 : Portobelo
Alors que je rame au milieu de la baie, deux dauphins nagent paisiblement autour de moi. Portobelo, tu es sublime, Portobelo, je t’aime. 
Les élections se préparent et doucement les stands présidentiels se donnent à des luttes musicales, la ville est en fête et mon coeur fait des bonds dans ma poitrine.

14 avril : Portobelo, mon amour
Seule dans un silence qui n’en est pas un, je rame encore et encore. Au milieu de ce bolong je suis seule, au milieu de la mangrove. Je suis partie en expédition avec le dinghy. Autour de moi, les oiseaux dansent, une raie glisse le long de l’annexe et la mangrove chante. Des bulles qui remontent à la surface me font frissonner, crocodile? ou pas crocodile? De grands oiseaux blancs mangent tranquillement, je rame, les branches craquent, le bruit des feuilles qui très lentement, viennent se poser sur l’eau et déjà il faut songer à faire demi-tour. Les sifflements identifiables, l’eau qui coule sous ma petite embarcation.
Durant ma douche du soir, des dauphins viennent s’amuser autour du bateau, des bonds ahurissants, ils se déchainent.  Ils passent si près que je suis convaincue qu’ils veulent m’observer durant ma douche, Portobelo, je t’aime.

15 avril 2019 : Panama city (bis)
Me revoilà dans cette grand métropole, j’ai quitté Jakob pour un peu voyager au Panama, voir des volcans et les gravir, j’ai besoin d’autre chose que d’air marin, j’ai besoin de forêts et de rivières. Un premier bus puis un deuxième, dans lequel je rencontre des personnes formidables. J’arrive à Panama city et déjà, la nuit tombe, je trouve une hostel et y rencontre un kuna qui a quitté les îles pour venir faire artiste de rue dans la capitale. 
06:00 une journée de bus m’attend pour rejoindre Boquete, au pieds du volcan Baru. Ce volcan, c’est aussi le point le plus haut du Panama, le seul endroit d’Amérique depuis lequel on peut à la fois voir l’Atlantique et le Pacifique. Dans mon premier bus en direction de David, j’étais assise à côté d’un homme charmant avec qui j’ai réussi à communiquer grâce à mon petit dictionnaire de poche. Dans le deuxième, un local m’a carrément donné des cours d’espagnol, qu’est ce que j’aime les Panaméens.
J’arrive à Boquete vers 17 heures, c’est une petite ville très tranquille nichée dans les montagnes. J’arrive dans une petite hostel qui ne compte que deux chambres et sympathise vite avec un hollandais. Avant ça, direction le médecin car, mes ganglions ont doublés de volume et ma gorge me fait terriblement mal.
Au centre médical, c’est la première fois depuis le début du voyage que j’ai des problèmes à cause de ma minorité. A 17 ans, les Panaméens ne peuvent être soignés qu’en compagnie de leurs parents, j’ai beau leur expliquer que je voyage seule, ils ne comprennent pas. Ils ne comprennent même pas comment je suis entrée dans la pays, enfin, après beaucoup de négociations, d’arrangements et mes ganglions gonflés, un médecin américain accepte de me voir.
Je rentre triomphante à l’hostel où l’hollandais me propose d’aller au festival des fleurs avec lui et puis ensuite, de participer à l'ascension du volcan Baru, cette nuit.
Evidemment, j’accepte. Mauvaise idée, très mauvaise idée.
J’étais fatiguée, beaucoup trop fatiguée. Notre équipe de choc était composée d’un informaticien d’Amsterdam, une parisienne urbaniste, un policier allemand et de moi-même. Nous commençons l'ascension vers 23:30 mais très vite mon corps me lâche. Depuis tout ce temps où je parcours le monde en bateau, jamais je n’ai eu l’occasion de vraiment utiliser mes jambes. 
La fatigue, le froid, les crampes, j’en souffre. J’ai la tête qui tourne et bien entendu, je n’ai pas pris ma ventoline car oui, je fais de l’asthme d’effort. On enchaîne, sans s’arrêter, pente abrupte sur pente douce, mais pente quand même. On monte, encore et encore, à chaque tournant je me vois au sommet, c’est dure. La difficulté m’excite mais au bout d’un moment mon corps me lâche. Je ne sent plus mes pieds, mes chevilles partent dans tous les sens, je manque de m’écrouler à chaque pas de plus. “een twee drie vier , zo gaat het goed, zo gaat het beeter en nog een kilomeeter”, je chanterais ces phrases en boucle jusqu’au sommet car, j’y arriverais, j’y arrive toujours, je me bat, encore et encore contre ce corps trop faible. 
Il nous reste 12 kilomètres jusqu’au sommet. L’Allemand prend mon sac, il veut même me porter sur ses épaules, je refuse. Mais il m’attrape, et je me retrouve sur ses épaules, on rit bien et je redescends bien vite. 
J’ai eu l’impression d’être droguée, j’ai eu des hallucinations. J’ai vu le visage des sept nains dans des trocs, des phares de voiture et des lutins.
La parisienne manque de tomber endormie, elle est a bout de souffle. Mais qu’est ce que je fais ici, à deux heures du matin sur un volcan? Pourquoi? On y voit rien et je sens mes muscles qui se contractent comme du béton. Mes abdos, mes mollet, tout est devenu pierre. Je me sens faible. J’avale littéralement la canette d’eau de coco qui me redonne un peu de boost et avance, un pieds, l’autre pieds, encore un pas, encore un pas… Nous ne sommes qu’à la moitié, seul le flic marche tranquillement les mains dans les poches, une simple promenade de santé. Le froid s’empare de moi, au plus on monte et au plus je sent le gel qui s’empare de mes doigts, il fait 0° ici, et je n’ai qu’un legging et un pull sur moi. L’Allemand me donne un kway, mon corps n’est plus. La douleur n’est plus, les arbres ont toujours des visages et mes pas se font de plus en plus courts. Mon avancée est de 5 centimètres par pas, à ce rythme, c’est le couché du soleil que je verrais… Nous arrivons finalement au cratère et je m’en réjouis, la fin doit être proche.
Nous descendons et nous enfonçons dedans, sauf que je veux monter moi! Un panneau nous indique qu’il nous reste 4 kilomètres, magnifique. 
J’ai vu mon âme sortir 7 fois de mon corps, c’est terrible. Je n’y arrive plus, je trébuche à chaque pas. Le sommet est pourtant là, quelque part devant, je n’ai pas fais tout ça pour abandonner, non, hors de question. 2 pas, une pose, 2 pas et une pose, on va y arriver, courage.
J’arrive juste à temps pour le levé du soleil et, je ne jouis pas. J’ai tellement besoin de dormir, que je n’arrive pas à admirer cette beauté. J’ai froid.

J’ai réussi à me trouver un jeep pour redescendre, mais au vu de mon état le chauffeur a vite fait de m’accepter. J’ai compris que l’asthme et l’altitude n’étaient pas copines, j’ai cru apercevoir quelque chose de beau, de très beau, mais c’est tout, je suis heureuse de l’avoir fait, mais sans plus, je suis morte, j’ai abusé de mon corps, j’ai été trop loin.

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