Tempête et arrivée au Panama, mars 2019
10 mars 2019 : tempête
Après une nuit très mouvementée a essayer d'éviter les déferlantes qui nous bombardent, le jour se révèle être légèrement moins chaotique. C'est durant mon quart, vers 0930 pm que le vent s'est levé. La veille nous avions observés une chute du vent et une houle venant de nulle part, la pression atmosphérique était descendue à 1013 hPa, illogique dans les alizées... La mer est actuellement très grosse et veinée mais là n'est pas le problème, il vient du fait qu'elle soit croisée. Nous sommes en position de fuite vers le Panama sous trinquette uniquement, nous dévalons les crêtes dans des surfs exceptionnels, "excellent". Nous attendons un cargo pour obtenir un bulletin météo et vers 1020 (heure locale), nous installons la voile tempête.
1400 : nous barrons assis contre la cabine, face à la poupe du bateau afin de mieux positionner Hermano dans les surfs. Mon coeur se met à battre dans un rythme soutenu, deux énormes vagues viennent de lécher Hermano. Première vague "whaaat the fuck", deuxième vague "non non non", ce qui a immédiatement réveillé Jakob. La vague s'apprêtait à déferler sur nous, ce qu'elle a fait. J'ai agrippé le cockpit qui fut inondé, le bateau souillé et tant bien que mal redressé, c'est passé! Nous avons construit un système pour fermer la porte à clef de l'intérieur, en cas de chavirage... Comme une scène d'apocalypse, des bombes explosent partout et dans un vacarme d'enfer, le vent siffle et la mer gronde. Le bateau est comme d'habitude dans les gros temps, devenu un souk et nous ne mangeons plus que des conserves, froides. Cette zone au large de la Colombie est connue pour sa météo, plutôt pénible. Nous rencontrerons plus tard un bateau sans mât provenant de là, un autre chaviré, des tas d'avaries arrivent au large de Barranquilla. C'est dû au fait que tous les vents et la houle de l'Atlantique arrivent là, mais se retrouvent bloqués dans ce "cul de sac".
0409 : le vente s'engouffre dans un sifflement aigu entre les panneaux de la descente. Nous avons eu un problème avec le génois et son enrouleur, nous avons dû sortir du bateau pour essayer d'enrouler cette piece of shit. Alors que je pensais aux possibilités de chavirage depuis quelques heures, Jakob a déclaré qu'il était mieux de laisser le régulateur barrer tout seul et nous enfermer à l'intérieur, nous discutons des probabilités... Il faut dire que dehors, ça ne s'améliore pas et il y'a une forte houle croisée qui tape sans cesse sur la coque en amenant Hermano dans une gîte chaotique. J'espère que ça va se calmer, on a vraiment besoin de repos et de stabilité.
0930 : Je suis dehors à la barre, ça semble se stabiliser. Je m'attache d'abord avec deux lignes de vie "pour plus de sécurité", une de chaque côté pour bien être stabilisé au milieu du cockpit. Puis me vient l'idée que si un chavirage arrivait, je serais coincée sous l'eau, oups. Jakob l'avouera plus tard qu'il a eu la même idée bête. Je m'attache alors avec les deux mais d'un seul côté, on ne sait jamais. Bien que sur Tzu Hang, Beryl n'avait pas une vrai ligne de vie, elle avait quand même un bon bout qui a cassé lorsque le bateau a enfourné au large du cap Horn. Et avec la gaine autour des lignes, on ne voit pas l'usure arriver. Soudain, une vague arrivant de nulle part vient frapper Hermano sur tribord. Sans rien comprendre, mon instinct me dit de m'agripper, ce que je fais tant bien que mal car je glisse quand même sur bâbord et voit l'entièreté du pont disparaître sous l'eau. Et puis, je ne me souviens plus, comme si j'avais fermé les yeux, je n'avais qu'une chose en tête "m'agripper, bien et fort". Je n'ai pas eu le temps de paniquer, juste vu mon corps arriver dans l'eau. Le mat était il dans l'eau? Ca restera un mystère? Le bateau se relève et, le cockpit est rempli d'eau, tout le cockpit, ça met un petit temps à se vider mais je m'en fou, je regarde à l'intérieur par la bulle ; Jakob est allongé à terre entre la cuisine et la table à carte, il tentait d'appeler un cargo à la VHF, il ne bouge pas. Sans prendre le temps de regarder si il n'y a aucune déferlante à l'horizon j'ouvre la porte et lui demande si ça va. Ouf, il répond "mon oreille est déchirée!". En hâte je descends, ouvre mon ciré et voit des litres et des litres d'eau en sortir. Je me déshabille entièrement. Tout, même mon slip est trempé. Je me dirige vers la pharmacie et je craque, je pleure. Je regarde et heureusement, ça ne saigne pas de l'intérieur, il s'est bien déchiré le dessus de l'oreille et a un joli morceau de cartilage colé plus bas avec du sang... Puis, furieuse j'ai rappelé le cargo qui ne répondait pas et il m'a répondu. Encore 20 heures ainsi…
12 mars 2019
Depuis hier soir, le vent a cessé de se déchainer, nous alternons siestes sur siestes afin de récupérer ce gros manque de sommeil. On est peut être deux mais il est impossible de dormir par gros temps. Soit nous sommes à l'affût du moindre problème, soit nous guettons la présence de l'autre sur le pont de peur qu'il tombe à l'eau... Nous avons croisé un autre cargo qui nous donne la météo avec plus de précision. Nous étions au coeur d'une gale, 8bf et rafales à 9 mais la n'était pas le problème, la mer croisée encore une fois... Ca s'étendait jusqu'au 77 ème degré ouest que nous avons quitté hier soir justement, ouf.
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